
VIENNE
1503
La pleine lune entrait dans le Lion, signe de sa naissance, et, comme animé par la main de Dieu, son incandescence découpait parfaitement la vallée alpine en ce qui était lumière et ce qui était ténèbres, et la lumière éclairait le chemin menant les démons vers sa porte. Il était issu de la noblesse Viennoise, à cette époque il ignorait encore tout des intrigues politiques et des conflits religieux de ce monde. Pourtant, les murmures d'un empire en déclin se faisaient entendre tout autour de lui, comme une ombre déjà si menaçante au dessus de son berceau de lin et de soie. On l'élèvera en bon chrétien, dans un monde où il devra bafouer la plus part des principes qu'il aura pu lire dans la bible, dans un monde où il apprendra que rien n'est pire qu'un Turc, et dans un monde où un seul homme pouvait parler à Dieu au nom des autres. On lui enseignera les langues nobles ; le français et le latin ; la musique et comment l'apprécier ; les bonnes manières et l'art héraldique ; les bonnes lectures. Puis on l'enverra dans une école pour officiers où il fera ses premières armes. Il connaitra alors les malheurs de la guerre et la souffrance, et il sera heureux de retrouver ses enfants et une femme qu'il n'aimera point après avoir vu autant de mal.
VIENNE
1525
Friedrich s’éveilla dans l’obscurité précédant l’aube, le cœur battant comme un oiseau farouche dans sa poitrine. Il enfila des bottes et ses chausses, silencieusement, prit du bois et ranima les tisons roses pâles du foyer, pour que sa chaleur accueille les filles quand elles se lèveraient. Sa démarche était chaloupée, à l’instar des marins.
Les portes enchâssées de verre de la chambre qui surplombait les jardins, étaient ouvertes, laissant une légère brise rafraîchir l'atmosphère ambiant. Les Hasbourg de Vienne, parents lointains de sa propre famille, avaient réussi à lui offrir leur fille en mariage. Petite laideron d'une vingtaine d'années, grasse au possible. Ce corps si repoussant avait au moins le mérite de se vouloir solide, Friedrich se disait que s'il fallait ce genre de créature pour avoir des enfants en bonne santé et une entrée à al cour.. Une branche mineure des Hasbourgs valait mieux que toutes les gueuses de Vienne.
Il tourna les talons pour embrasser sur le front les deux jeunes filles qui dormaient encore dans le lit, puis passa la porte sans un son. Friedrich franchit une double porte en bois blanc, et la laissa ouverte pour disparaître à l’extérieur. Il ne pouvait voir qu‘à quelques pas au début, mais ses yeux s’habituèrent bien vite à l’obscurité et il réussit finalement à sortir de la maison. Le mariage promettait d'être festif.
La pluie qui était tombé le jour du mariage avait selon les invités béni ou maudit ce mariage. Enfin de compte Friedrich s'en fichait. La cérémonie fut fastidieuse plus que fastueuse, nombre d'invités n'étaient pas venu, et seule une famille très proche des deux époux avaient osés bravé le temps pour voir s'unir une noblesse décadente, la haute noblesse de Vienne n'avait sans doute même pas eu vent de cette union, c'était une branche plus que mineur des Hasbourgs, sans importance, sans intérêt. L'une en mal de titre, l'autre en mal d'argent. Friedrich avait néanmoins compris que leur fille n'avait pas trouvé meilleur preneur, il suffisait de voir son âge pour en juger. La soirée avançait, l'angoisse de consumer le mariage avec. C'est sur les coups de minuit que les invités embarquèrent les deux jeunes mariés dans la chambre nuptial du château qui avait été soigneusement préparée par une armée de servantes attristées de voir leur meilleur amant se caser avec une noble rondouillard à qui elles devaient désormais obéissance. La porte de la chambre fermée, une nuée d'oreilles curieuses vint se coller à la porte, comme pour vérifier du mieux que leur permettaient la bienséance et la pudeur que le mariage allait être consommé dans l'heure. Friedrich réalisa très vite qu'il n'avait plus ici à faire à une jeune fille en fleur svelte et pleine de passion, fougueuse et exploratrice, mais à une femme déjà faite qui devait tout comme lui, subir cette union imparfaite. Il semblait néanmoins qu'elle le désirait. Lui qui aimait les longs préliminaires il se jeta sur elle sans attendre, il eut même l’impression que son esprit s'extirpait de ce corps pour avoir une vision d’ensemble sur la chose, comme s’il allait regardait deux animaux s’accoupler. Il voyait un homme presque violent humidifier ses parties puis se contenter de défaire les bas de la femme pour faire son affaire. La grosse hurlait comme une truie. Il imagina les personnes derrière la porte rigoler ou s’indigner, mais ce lui fut égal, il avait au moins accompli son devoir, puisqu’en moins de cinq minutes, l’affaire était réglée. On exposa alors fièrement un drap rouge en félicitant le marié.
VIENNE
1526
Environ un an après le mariage, l'évènement tant attendu eut lieu. C'était dans la violence qu'avait été conçu l'enfant, ce fut dans la violence qu'il émergea de sa mère qui pendant près de treize heures hurla. Avant même qu'il eut apparu, tous pensaient que tant de violence n'avait pu n'engendrer qu'un fils. Et pourtant les cris s'arrêtèrent, plus un son ne parvenait de la chambre. Friedrich s'y précipita et découvrit avec stupeur et effroi sans femme allongée insconsciente sur le lit et le médecin qui fessait le jeune bébé pour qu'il pleure ; mais rien. La mère et le bébé étaient morts. Il sortit en hâte de la demeure, prit tout son argent et quitta la ville pour n'y revenir que 3 ans plus tard.
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