Mardi 11 août 2009

Une petite nouvelle mêlant l'historique à la fiction. Bonne lecture.

 


 

 

 

   Il était à cette époque lointaine, des contes et des légendes sur nombre de choses. Certains prêtaient ces histoires à la folie d’hommes, d’autres, à l’inspiration fantaisiste des femmes. Toujours est-il que nul ne put jamais prouver la véridicité des propos tenus.

  La cour dans laquelle se tient notre histoire, cour banale s’il en est, était néanmoins plus que friande de ces contes en tous genres, de ces légendes exotiques, de ces récits de guerres et de victoires, mais aussi de ces morts tragiques de héros trop idiots pour ignorer la puissance des dieux.  

  Laissez moi vous conter celui-ci.

 

   Jean connaissait mal le chemin pour s’y rendre. Pour la trouver, disait-on, il fallait s’égarer dans les petites rues vilaines et détournées de Paris. A ses yeux, la ville n’était composée de rien d’autres que de ces rues, mais il avançait dans ce sombre dédalle. Il lui sembla la trouver dès lors que ses pieds entamèrent une descente assez longue, raboteuse, tordue et inégale. La puanteur semblait s’accroître à chaque pas, mais la cité elle-même exultait une odeur infecte constante. Il tomba au bout de quelques mètres devant une vieille maison de boue à demi enterrée, chancelante de vieillesse et de pourriture. C’était pourtant dans cette bicoque qu’avait élu domicile plusieurs familles, du moins, une infinité d’enfants, légitimes, naturels ou dérobés.

   Il avait ouïe dire qu’en cette cour habitait des centaines de familles, peut-être même cinq cents. Entassées les unes sur les autres dans une cour d’une grandeur très considérable et en un très grand cul-de-sac puant, battit sur des ordures. On racontait que la cour fut autrefois plus grande encore, qu’on se nourrissait de brigandage, qu’on s’engraissait dans l’oisiveté, dans la gourmandise et dans tous les vices et crimes que pouvait connaître la ville. Sans dénier totalement ses anciennes activités, les personnes présentent semblaient se limiter à présent en doublant le nombre de mendiants aux pieds des églises. Là, sans aucun soin de l’avenir, chacun jouissait à son aise du présent, et mangeait le soir avec plaisir ce qu’avec bien de la peine et souvent avec bien des coups il avait gagné pendant le jour. Car dans ce lieu sombre  on appelait gagner, ce qu’ailleurs on appelle dérober ; une des lois fondamentale de la Cour des miracles : ne rien garder pour le lendemain. Les baptêmes, mariages, sacrements, tout comme les lois étaient inconnus de beaucoup.

 

   Ce monde à part avait néanmoins un roi, non le roi des français, mais le roi des bas fonds. Il régnait d’une main de fer, avait pouvoir de vie ou de mort, et s’entourait de conseillers divers, et de prostituées pour ses envies tribales. C’était l’une de ses filles que Jean venait voir à vrai dire. Lana, petit bout de femme qui semblait, de par sa grâce et sa beauté, dominer le lieu. Elle avait de longs cheveux auburn, un petit regard sombre aux yeux gris, la peau bronzée, et sa bouche, ainsi que ses seins, étaient deux perfections accordées par Dieu lui-même, du moins lorsque Jean les regardait. Lui était plutôt banal comme homme, un petit bourgeois sans aucune importance, perdu dans la masse grouillante de Paris. Il était d’une taille acceptable pour son époque, des cheveux bruns ordinaires et ni ses yeux verts, ni sa bouche se semblaient attirer la jeune femme vers lui.

   Jean trouva Lana  sans difficulté et, en un regard, sa passion se raviva. Elle s’approcha, le salua. Il voulait répondre mais sa bouche resta close, son cœur battait plus vite encore à chaque seconde. Elle l’attrapa autour de la taille.

«  Gros nigaud que tu es ! Que viens-tu faire ici par cette belle nuit parisienne ? Les étoiles te sembleraient plus belles ici.

- La lune aussi est plus belle, et il semblerait que les femmes aussi. »

Il réalisa sa bêtise assez vite pour enchaîner, le visage rouge.

« Enfin je voulais dire que …

- Oui j’ai compris. »

Elle rigolait. Ses dents imparfaites semblaient s’ajouter au désir de l’embrasser du jeune homme. Il resta donc immobile face à elle, scrutant chaque centimètre de son visage, comme pour mieux la garder à jamais dans sa mémoire.

« Pourquoi es-tu là ? Je pensais que tu avais prit peur.

- La peur me donne le courage de venir, et de t’enlever de ce monstre !

- Ce monstre m’a élevé … et même si je dois coucher avec lui de temps à autres, je l’aime trop pour m’enfuir avec toi.

- Mais il n’acceptera jamais de te voir avec moi si tu restes ici !

- Alors trouves un moyen Jean, car tant qu’il vivra, je serais là. »

Jean réalisa qu’elle lui demandait de le tuer, mais tuer un homme, il ne l’avait jamais fait. Il resta un autre long moment immobile, puis aquieça avec sa tête, le regard fier. La lâcheté n’avait pas sa place dans pareille entreprise. Lana l’embrassa, ce qui lui fit perdre le contrôle total de ses actes, puisque le baiser fini dans un coin tranquille d’une masure pestilentiel.

 

   « La nuit est sombre, la lune est masquée, qu’attends-tu à présent ? Prends la dague, et tue l’homme qui me viole !

- Je … oui ! Tu seras fière de moi, et nous pourrons partir, partir loin d’ici. »

Il remit ses chausses, attrapa sa dague et sa chemise, puisparti dans l’obscurité la plus totale à la recherche du roi. La chasse ne fut pas longue, on l’entendait hurler son plaisir de chair dans toute la cour. Il était une nouvelle fois au lit avec une catin à son service.
Jean le trouva sur une femme qui pleurait de douleur tant il était violent. En voyant cet homme, la rage et la haine qu’il avait envers cette chose monstrueuse s’accrurent. Le couteau tomba. Il frappa à quinze reprises, et ses cris de douleurs et d’agonies étaient presque semblables à ses cris précédents. Il fini par l’égorger devant les yeux terrifiés de la jeune fille.

   A sa grande joie, personne n’avait semblé remarquer l’assassinat, la fille ne l’avait sûrement pas vu avant, et il faisait trop noir pour le reconnaître. Satisfait il retourna dans le lit de Lana.

« Tu es libre à présent,  nous sommes libres, fuyons pendant qu’il en est encore temps !

- Tu l’as tué ? Tu en es sûr ?
- Oui, oui je te dis ! Il est mort ! »

Le regard de Lana changea, ses yeux s’écarquillèrent et devirent plus sombres encore que jamais. Un léger rictus suivit.

« Montre moi la dague, je veux voir son sang ! »

Il sortit la dague, lui tendit. Elle l’attrapa.

« Idiot ! »

Elle retourna la dague contre Jean et l’enfonça dans ses tripes qui manquèrent de lâcher. Il s’écroula sur le sol dans un cri d’agonie.

« Pourquoi ?

- Car celui qui tue le roi, devient le roi. Au jeu des trônes, il faut vaincre ou périr. Mais je te remercie, car sans toi, je n’aurais jamais pu réussir pareil œuvre.

- Je t’aimais … je … »

Le souffle se perdit dans un dernier, je.

« Il faut croire que ce n’était pas réciproque. »

Par Yseut - Publié dans : Autres nouvelles - Communauté : Communauté des plumiers
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