Mardi 25 août 2009
Bonjour !

Voilà quelques jours que je n'avais rien posté, oui ... par manque d'inspiration et d'envie ? Un peu, mais surtout à cause d'une écriture assez longue sur ce fameux Siège, je n'ai pas encore tout rédigé, mais j'ai pu remarquer que c'était déjà très long ! Donc autant vous séparer en petit bout le tout.

Bonne lecture à tous et à toutes !





   « Je n’ose croire qu’un Turc puisse être cruel au point de souhaiter plus de mal aux Chrétiens que les Chrétiens ne s’en font mutuellement. » Il s’agit d’une citation de l’humaniste Erasme de Rotterdam, déçu de voir que les royaumes chrétiens préféraient se faire la guerre plutôt que de chercher une entente reposant sur leur appartenance à une même civilisation. Les Chrétiens disposaient de peu de moyens pour s’opposer à la combativité de l’expansion ottomane : dans les premières décennies du XVIe siècle, les Turcs conquirent l’ensemble des Balkans et menacèrent le royaume de Hongrie. La bataille décisive eut lieu à Mohács le 29 août 1526. Les Turcs y remportèrent une victoire triomphale ; parmi les nombreux morts au combat figurait Louis II Jagellon, roi de Hongrie, qui périt noyé dans une rivière en tentant de fuir. L’époux de l’archiduchesse Marie de Habsbourg n’ayant pas d’héritier, l’archiduc Ferdinand d’Autriche, qui avait épousé une sœur de Louis II, revendiqua le trône de Hongrie. Mais les magnats dévoués à la cause nationale ne voulaient pas d’un Habsbourgeois pour roi et choisirent donc l’un des leurs, Johann Zápolya, qui chercha un terrain d’entente avec le sultan Soliman le Magnifique. Et de fait, il s’avérait que, dans les pays déjà conquis, le joug turc n’était pas si lourd à porter et les nouveaux suzerains respectaient même la foi chrétienne de leurs vassaux.
 
Sûr de sa victoire, Soliman le Magnifique n’entendait pas se contenter de la conquête de la Hongrie. Il voulait davantage : chasser les Habsbourgeois de Vienne et faire flotter le drapeau turc à l’étoile et au croissant sur la métropole du Danube.



VIENNE

Mai 1529

 

  « Place ! Place ! »

L’homme hurlait encore et encore depuis qu’il était arrivé devant la porte quelques minutes auparavant. C’était l’un des espions chargé de surveiller les mouvements d’armées dans les terres ottomanes. A cette époque, cent cinquante mètres seulement séparaient l’Empire Ottoman du Saint Empire, et Vienne semblait être devenue le bastion oriental défiant l’avancée des armées ottomanes vers les royaumes chrétiens. Les gardes l’avaient laissé passer après avoir vu le cachet sur la lettre, on l’emmena vers l’archiduc Ferdinand qui s’occupait de la ville et de ses faubourgs. Le messager s’inclina.

« Mon seigneur, une immense armée a quitté Constantinople pour assiéger et conquérir Vienne, Soliman est en marche. »

 

 

VIENNE, PORTE DE CARINTHIE

Début Septembre 1529

 

 

   Le comte Nicolas de Salm commandait dix sept milles Lansquenets, Friedrich était l’un deux. Leurs habits bariolés des plus vives couleurs ; les mille découpures de leurs manches, de leurs trousses et de leurs jarretières ; leurs corselets d'acier soigneusement fourbis ; les masses de plumes qui flottaient sur leurs chapeaux, témoignaient assez de leur coquetterie. C’étaient des soldats de métier, des mercenaires aux mœurs rudes, à l’attitude fanfaronne, méprisants les conventions sociales. Ils nourrissaient la passion des épaules larges et des hanches fines, provoquaient avec leur braguette en forme de pénis en érection, symbole d’une virilité sans faille, portant une longue pique. On avait également fait venir des arquebusiers espagnols, environ sept cent. Pour payer ces hommes, le Saint Empire avait fondu les trésors de l’église et battu monnaie de tout urgence. Mais à l’arrivée presque providentielle et in extrémiste de ces soldats, la population avait déjà fuit en grande partie la ville, convaincus qu’elle ne pourrait pas résister aux assauts ottomans, on comptait alors plus de soldats que de civils. Et lorsque que le vieux mercenaire passa les portes de l’ancienne muraille médiévale, renforcée à la hâte sous l’ordre de l’archiduc, une foule de curieux acclama leur arrivée. Le vieux briscard de presque 70 ans en profita pour gonfler son buste et lever la tête, Vienne devait être Rome, et lui, César. Malheureusement il n’entrait pas conquérant, mais prêt à être conquis, et ce n’était pas les renforts plus que tardifs qui devait arriver qui allaient pouvoir rompre un tel siège. Quatre ans plus tôt, à la bataille de Pavie, il avait abattu le destrier de François Ier de France, permettant ainsi la capture du roi. Le comte était aguerri au combat contre les Turcs. Plus les fumées dégagées par la poudre à canon étaient épaisses, plus il était à l’aise.

 

   Friedrich traversa la cour pavée à la hâte et arriva dans ce qui allait être sa demeure pendant le temps du siège, temps qu’il espérait le plus court possible. Sa chambre était au dernier étage d’une auberge, le confort était sommaire, mais le lit n’était pas rongé par les mites, les draps ne sentaient pas trop mauvais, et il avait de quoi faire sa toilette ainsi qu’un bureau d’où il ordonna immédiatement qu’on lui apporte papier, plume et encre. Il se fit porter un bain chaud où il se plongea avec plaisir. La pluie qui tombait sur Vienne était presque sans discontinu, et au printemps elle avait fait des dégâts considérables sur le terrain ; les cours d’eaux étaient en cru, la terre plus que boueuse.

  Le comte devait rejoindre le conseil de guerre, Friedrich allait le suivre. Il s’habilla pour l’occasion en se vêtant de sa superbe armure des forges de Nuremberg, où il logea l’argent qu’il avait dans sa braguette comme il était commun aux Lansquenets de le faire. Friedrich avait pour ordre, autre que de combattre, de noter dans un journal le déroulement du siège, il était l’un des rares lettrés de la bande et Nicolas l’aimait bien. A son inverse, lui était un jeune homme proche de la trentaine, aux épaules larges et solides, au corps meurtri par des années de service et aux membres fatigués par le voyage qu’il avait parcouru. Son visage était néanmoins resté intact, aucune blessure grave n’avait rien détérioré de son faciès charmeur, aux yeux verts et aux cheveux châtains. Il laissa sa pique, mais enfila son épée autour de la taille avant de sortir de la pièce.

Par Yseut - Publié dans : Nouvelles historiques - Communauté : Plaisirs d'écrire
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